Historique des fouilles
Le cadastre de 1829 révèle avec clarté l’emplacement de la villa gallo-romaine de Valentine. Avant le creusement du canal d’amenée de l’usine hydroélectrique, le terrain descendait en pente douce jusqu’au rebord de la terrasse. Trois grands fourrés recouvraient alors les ruines, les préservant naturellement du travail des charrues.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des fouilles occasionnelles laissent entrevoir la richesse insoupçonnée du site. Les plus marquantes sont celles conduites en 1864 par Morel, convaincu d’avoir découvert une villa romaine. Il s’agissait en réalité de thermes publics, dont la localisation exacte reste encore à préciser. Morel y dégagea une mosaïque, longtemps conservée dans la chapelle du Bout-du-Puy à Valentine, dont les restes fragmentaires sont aujourd’hui au Dépôt de Fouilles. Ces fouilles livrèrent également deux pièces remarquables : un milliaire d’époque constantinienne, conservé au musée de Luchon, et un grand autel votif dédié à « Jupiter très bon et très grand », aujourd’hui au musée de Saint-Bertrand.
En 1931, le creusement du canal d’amenée de l’usine hydroélectrique porte un coup irrémédiable au site : toute la partie nord disparaît, sans qu’aucun relevé sérieux n’ait été réalisé. Une seule œuvre échappe au désastre — une grande mosaïque à décor géométrique et végétal, partiellement sauvée et transportée à Saint-Bertrand, où elle fut longtemps exposée dans la salle du Trophée aux Olivétains. Paradoxalement, ces travaux confirmaient l’existence à Valentine d’un site d’une richesse exceptionnelle, constitué de deux ensembles distincts : la villa gallo-romaine et ses thermes publics d’une part, l’ensemble religieux et funéraire d’Arnesp — prieuré médiéval et cimetières attenants — d’autre part.
À partir de 1949, à l’initiative de Norbert Casteret, Georges Fouet entreprend des fouilles méthodiques, parallèlement à ses travaux sur le site de Montmaurin. Il en livrera lui-même le bilan en 1978 :
Commencées le 15 juillet 1949 à partir de la bordure nord-ouest des massifs boisés, les fouilles se poursuivirent sous ma direction durant presque tous les étés jusqu’en 1956. Les travaux de 1957 à 1959 furent consacrés à reconnaître les riches gisements de la parcelle 207, correspondant à l’ensemble religieux et funéraire d’Arnesp. De 1964 à 1967, le dégagement des ruines de la villa s’effectua grâce au concours des élèves et professeurs du Collège de Valentine. À partir de 1970, en collaboration avec M. Paul Carrère, les fouilles se poursuivirent avec le soutien du Ministère des Affaires Culturelles et du Conseil Général de la Haute-Garonne, ainsi que des membres de la Société Archéologique de Valentine, fondée le 19 juillet 1971. Ce n’est qu’en 1974 que furent mis au jour les murs de la grande Cour d’honneur et du Quartier d’entrée.
Les campagnes de 1976 à 1981 furent consacrées au dégagement des cimetières. En parallèle, un Dépôt de Fouilles fut aménagé dans un local mis à disposition par la mairie de Valentine, donnant naissance au musée de Valentine — inauguré en 1967 et conçu comme un outil pédagogique ouvert à tous.
En 2002, des fouilles de confirmation dans le secteur d’Arnesp, conduites par Marie-Geneviève Colin de la D.R.A.C. Midi-Pyrénées, vinrent enrichir encore la connaissance de ce site exceptionnel.