Situé au sud de la voie romaine, le quartier religieux d’Arnesp est le secteur le plus complexe et le plus débattu du site archéologique de Valentine. Son interprétation a profondément évolué entre les premières fouilles de Georges Fouet et les travaux plus récents de Marie-Geneviève Colin.
L’interprétation de Georges Fouet
Georges Fouet identifiait dans ce secteur une succession de monuments à caractère religieux et funéraire, s’échelonnant du IVe au XIIe siècle.
Contemporain de la villa, un grand bâtiment à cour centrale (34,45 m sur 29,70 m) était, selon lui, un temple romain dédié à Jupiter. Cette hypothèse reposait sur la découverte de plusieurs autels votifs dédiés à cette divinité. Le musée de Saint-Bertrand-de-Comminges en conserve un exemplaire remarquable, découvert à Valentine en 1905 : un autel de marbre blanc de 81 cm de hauteur, portant l’inscription I.O.M. / TITULLUS / CINTUGNATI / F. EDUNXE MAT / ER. V.S.L.M. —
À Jupiter, très bon et très grand, Titullus, fils de Cintugnatus, et sa mère Edunxe, en gage de reconnaissance, en accomplissement d’un vœu.
Ses flancs sont ornés d’un vase à libation et d’une patère à offrande.
Dans la bordure sud-est de ce temple, Fouet mit au jour un petit monument carré de la fin du IVe siècle, qu’il identifia comme le mausolée de Nymfius, propriétaire probable de la villa. Ce mausolée aurait ensuite été transformé, par l’adjonction d’une petite abside rectangulaire, en une église paléochrétienne — l’une des plus anciennes de la région.
Tous ces monuments, entourés dès l’époque romaine d’une nécropole, furent ravagés lors des invasions du début du Ve siècle. Un cimetière paléochrétien puis wisigothique se maintint cependant sur leur emplacement et fut utilisé, pratiquement sans discontinuité, jusqu’au XIIIe siècle — témoignage saisissant de la pérennité du site.
Au VIe ou VIIe siècle, une nouvelle église fut construite à une quinzaine de mètres de la précédente, agrandie à l’époque carolingienne pour assurer le service du cimetière. Au Xe siècle fut édifiée une église préromane à chevet carré, ornée de mosaïques, qui fut finalement englobée dans une grande chapelle romane à abside semi-circulaire. Sa nef de 30 mètres de long sur 10 mètres de large se terminait à l’ouest par un clocher-mur. Dédiée à la Vierge, elle jouxtait les bâtiments du prieuré bénédictin d’Arnesp et servit d’église paroissiale aux habitants des alentours jusqu’à la fondation de la bastide de Valentine.
L’interprétation actuelle
Certaines conclusions de Fouet ayant été remises en question dès leur publication, des fouilles de confirmation furent conduites en 2002 sous la direction de Marie-Geneviève Colin, de la D.R.A.C. Midi-Pyrénées. Tout en saluant les mérites du grand archéologue commingeois — « l’intérêt incontestable des découvertes effectuées par G. Fouet est bien connu de la communauté scientifique » —, elle conclut que les techniques modernes de datation permettent d’ouvrir de nouvelles pistes qui remettent partiellement en cause ses identifications.
Le grand bâtiment à cour carrée est bien contemporain de la villa (IVe siècle), mais il ne s’agit probablement pas d’un temple : les Romains n’inhumaient pas dans ce type d’environnement. Marie-Geneviève Colin propose d’y voir le mausolée de Nymfius lui-même. Le petit bâtiment, perturbé par des inhumations tardives, n’est quant à lui pas une église mérovingienne, mais une modeste installation agricole d’époque indéterminée.
Enfin, sous l’église romane du XIIe siècle, les fouilles ont révélé une grande église à chœur carré flanqué de deux absides également carrées. Les trois éléments distincts identifiés par Fouet — le mausolée de Nymfius (fin IVe siècle), le chœur carré (Xe siècle) et la sacristie (XIIe siècle) — seraient en réalité contemporains et de même facture. Marie-Geneviève Colin date cet ensemble de la fin du VIIe ou du début du VIIIe siècle, le rapprochant des églises wisigothiques construites à la même époque en Espagne, sur le versant sud des Pyrénées.
Pour aller plus loin
- Fouet (G.). Le sanctuaire gallo-romain de Valentine (Haute-Garonne). Gallia, T. 42, 1984, pp. 153-174.
- Fouet (G.). Une église du IVe siècle à Valentine (Haute-Garonne). Revue de Comminges, 1980, pp. 495-508.
- Colin (Marie-Geneviève). Christianisation et peuplement des campagnes entre Garonne et Pyrénées. IVe-Xe siècles. Archéologie du Midi Médiéval, Supplément n°5, C.A.M.I., Carcassonne, 2008.