Le musée Saint-Raymond de Toulouse conserve une remarquable épitaphe versifiée, gravée sur une plaque de marbre de Saint-Béat (1,97 m de long, 0,74 m de large, 0,17 m d’épaisseur). Sa provenance de la villa d’Arnesp à Valentine ne fait aujourd’hui aucun doute.
Encastrée dans un mur de l’église paroissiale de Valentine depuis au moins le XVIIIe siècle, elle fut vendue en 1835 par la municipalité à la Société Archéologique du Midi pour la somme de 120 francs-or. Longtemps conservée au musée des Augustins dans des conditions de présentation assez médiocres, elle a trouvé au musée Saint-Raymond la place digne de sa qualité. Un moulage est déposé au Dépôt de Fouilles de Valentine.
L’inscription se compose de 24 vers de très bonne facture, disposés sur deux colonnes. Une croix est gravée à chaque angle de la plaque, une plus grande en son centre — des ajouts incontestablement postérieurs à l’inscription. Georges Fouet estimait que cette épitaphe, placée dans le mausolée de Nymfius, datait de l’extrême fin du IVe siècle, avant de servir ultérieurement de table d’autel, occasion à laquelle les croix auraient été tracées.
L’épitaphe de Nymfius
Texte original
Nymfivs aeterno devinctvs membra sopore hic sitvs est caelo mens pia perfrvitvr mens videt astra qvies tvmvli complectitvr artvs calcavit tristes sancta fides tenebras te tva pro meritis virtvtis ad astra vehebat intvleratqve alto debita fama polo immortalis eris nam mvlta lavde vigebit vivax ventvros gloria per popvlos te colvit proprivm provincia cvncta parentem optabant vitam pvblica vota tvam excepere tvo qvondam data mvnera svmptv plavdentis popvli gavdia per cvneos
concilivm procervm per te patria alma vocavit seqve tvo dvxit sanctivs ore loqvi pvblicvs orbatas modo lvctvs conficit vrbes confvsiqve sedent anxia tvrba patres vt capite erepto torpentia membra rigescvnt vt grex amisso principe maret iners parva tibi conivnx magni solacia lvctvs hvnc tvmvli titvlvm maesta Serena dicat haec individvi semper comes addita fvlcri vnanima tibi se lvstra per octo dedit dvlcis vita fvit tecvm comes anxia lvcem aeternam sperans hanc cvpit esse brevem
Traduction (traduction Alain Lauret)
Nymfius, enchaîné dans ses membres par un sommeil éternel, repose ici ; son esprit pieux jouit totalement du ciel; son esprit voit les astres; le repos de la tombe l’enserre étroitement. Sa foi sainte a foulé aux pieds les tristes ténèbres. Par le mérite de ta vertu, une renommée légitime t’élevait jusqu’aux astres et te portait au plus haut du ciel. Tu seras immortel, car par une louange renouvelée une gloire vivace se perpétuera dans les populations à venir. La province unanime t’a honoré comme son propre père. Des voeux publics souhaitaient la conservation de ta vie. La joie de la foule applaudissant de gradins en gradins a accueilli jadis les jeux offerts à tes frais.
Par tes soins, la mère patrie a convoqué son conseil suprême, Convaincue qu’elle parlait plus saintement par ta bouche. Un deuil public accable les cités orphelines et les sénateurs, accourus anxieux, siègent accablés. Ainsi, la tête arrachée, les membres se raidissent paralysés. Ainsi, le troupeau privé de son berger, demeure sans réaction. Faible soulagement d’un immense chagrin, ton épouse affligée, Serena, te dédie l’inscription de ton tombeau Compagne toujours fidèle d’une union inséparable, elle s’est donnée à toi, en parfaite harmonie, pendant huit lustres Avec toi, la vie fut douce. Ta compagne anxieuse, espérant la lumière éternelle, désire que son attente soit brève.
Qui était Nymfius ?
Nymfius n’étant connu que par cette seule inscription, sa personnalité exacte reste l’objet d’un débat ouvert depuis le XIXe siècle. S’il est généralement admis qu’il était le propriétaire de la villa de Valentine — homme riche, puissant et très respecté — sa fonction politique et administrative précise demeure incertaine. Gouverneur de province, représentant occasionnel du gouverneur, simple chef de cité ? Pour Jean-Marie Pailler, il serait « le premier des principales de Lugdunum-Convenae ». D’autres ont voulu voir en lui le Defensor civitatis — le défenseur de la Cité — voire son évêque, hypothèse aujourd’hui jugée insoutenable.
Nymfius et Serena étaient-ils chrétiens ?
L’inscription soulève une question plus délicate : quelle était la foi de Nymfius et de son épouse Serena ? Le texte ne nomme ni Dieu ni le Christ — pas plus que les dieux païens — et ne contient aucune mention biblique, liturgique ou ecclésiale. Sa tonalité mystique, fréquente dans les inscriptions de cette époque, autorise plusieurs interprétations : Nymfius et les siens seraient des mystiques païens, voire des « crypto-chrétiens ». À moins d’admettre que seule Serena, qui fit établir l’épitaphe de son mari, était chrétienne, et que ses convictions transparaissent dans le texte.
Jean-Marie Pailler conclut avec prudence : « Seule une meilleure connaissance du contexte régional et de la chronologie mettrait à même de résoudre ce problème. »
Pour aller plus loin
- Fouet (G.). L’épitaphe de Nymfius à Valentine (Haute-Garonne). Revue de Comminges, 1990, pp. 305-317.
- Pailler (J.-M.). L’énigme Nymfius. Gallia, T. 44, fasc. 1, pp. 155-165.